Tranquility Base
La plus belle chose que j'arrive à imaginer c'est l'amour. Il me semble tellement lointain, si distant - aussi distant que la planète Terre. C'est la seule chose que je n'arrive pas vraiment à toucher. Je suppose que l'amour est resté en dehors de ce tombeau, comme la seule chose perpétuellement réelle. Il me semble concret maintenant, et je n'arrive donc pas à l'imaginer. Je peux seulement imaginer à quoi il pourrait ressembler si jamais je pouvais le voir.
En vrai, c'est assez coloré ici. Il semble que l’éternité dure longtemps. Assez de temps pour peindre. Je ne suis pas pressé. J'ai tout le temps de l'univers et je suis complètement seul. Le temps ne s'applique pas quand il n'y a rien en dehors pour s'y référer. Pour passer, il faut passer par quelque chose. Mais il n'y a rien ici, rien que du noir, calme et apaisant.
Ce grand « P » noir est mon meilleur ami. J'ai envie de l’embrasser. Peut-être pourrions-nous faire l'amour ?
Je suis assez heureux. Tout est si propre, avec des contours si nets. Je me sens lucide, flottant tranquillement dans le noir. Ce noir est aussi lumineux, la lumière voyage à travers lui. C'est comme un espace vide et infini où on peux voyager librement, lentement ou rapidement, en avant ou en arrière, et il n'y a pas de dimensions. Les choses deviennent plus grandes au fur et à mesure qu'elles s'approchent.
Il y a des dossiers. Je les déteste ceux-là. Ils sont complexes à l'intérieur. J'évite d'en ouvrir. Ils ont l'air beaux comme ça de toute façon.
Parfois, il me vient cette image d'un beau garçon allongé sur ma tombe. Oh, le salaud ! Qu'est-ce qu'il fait là, nu, dans un cimetière ? Cette jeunesse sauvage... J'aime imaginer les sons que ça ferait, lui en train de bouger, de pisser à coté. Peut-être est-il en train de se caresser, de se toucher le téton, ou de voler mes fleurs ? Ou peut-être m'a-t-il amené des fleurs ? La jeunesse est plus généreuse que ce qu'on nous fait croire.
Mais qu'est-ce que tu fous sur ma tombe ? C'est comme si on faisait l'amour à travers cette pierre froide et poreuse. J'arrive à sentir ta peau douce contre cette surface dure, la rendant irritée et rose. Tes yeux sont si verts. Aimerais-tu passer l'éternité avec moi ? Devenir partie de mon imagination ? Comme ces colonnes grecques et ces étoiles à cinq branches ? Je t'imaginerais tellement bien..